Pour la quatrième fois, La Pommeraie et la Fondation Paul Duhem proposent des peintures, dessins, mosaïques, tapisseries, sculptures pour ce lieu particulier qu’est le Colysée. Découvrez les 14 artistes exposants.

Nous aimons que les belles histoires se répètent. Pour la quatrième fois, La Pommeraie et la Fondation Paul Duhem proposent des peintures, dessins, mosaïques, tapisseries, sculptures pour ce lieu particulier qu’est le Colysée, maison Folie de Lambersart.

Exposition atypique, les 14 artistes exposants - Abel, Michel Beauthier, Dominique Bottemanne, Maurice Brunswick, André Delvigne, Nils Dieu, Patrick Fourmeau, Martha Grünenwaldt, Jean-Luc Godz, Christelle Hawkaluk, Jean-Marie Heyligen, Pascal Masquelière, Julien Tama, Jacques Trovic - n’ont reçu aucune éducation artistique, créant par passion sans se soucier du regard d’autrui. Travail d’une vie ou d’un moment éphémère, chaque œuvre est empreinte d’une vérité saisissante.

Le trouble pictural est celui de l’artiste devant sa toile blanche avant l’acte de peindre, il est celui du spectateur devant l’œuvre terminée. Enfin, le trouble, est celui de certaines personnes qui éprouvent des difficultés à s’insérer dans la société.

La Fondation Paul Duhem propose un focus sur l’œuvre de Jacques Trovic, artiste Anzinois décédé en 2018. Un ensemble de tapisseries et de mosaïques, trop rarement montrées, orneront les cimaises du Colysée.

Découvrez les 14 artistes à travers les témoignages de Bruno Gérard, commissaire d’exposition pour la Fondation Paul Duhem et artiste/animateur de l’atelier DESSIN ET PEINTURE de la Pommeraie.

Jacques Trovic

(Anzin, France, 1948 - Ath, Belgique, 2018)

À l’âge de quatorze ans, Jacques commence sa première tapisserie « La Scène espagnole » qu’il terminera deux ans plus tard. Exposée dans sa ville natale, lors d’un concours, cette création lui permet de remporter le premier prix. Une longue vie de création s’ouvre alors à lui. Il travaille aussi la mosaïque avec beaucoup de talent mais le résultat est trop lourd, trop encombrant, trop difficile à transporter et compliqué à accrocher
sur les cimaises des musées. Bien qu’aimant cette technique, il devra l’abandonner. Il s’essaye également à la peinture à l’huile, mais toujours il
revient à la tapisserie : « Brodeur est son métier ! ». Imaginez Jacques à sa table de cuisine : la moitié de celle-ci sert au repas, l’autre moitié devient son royaume. Un espace de travail trop petit pour voir l’entièreté de sa composition, la tapisserie n’est donc qu’une boule de toile de jute chiffonnée sur laquelle il oeuvre inlassablement vingt heures par jour. Il aime l’histoire, le folklore, le quotidien des gens. Il représente la France, ses régions, surtout « sa » région. Mais ce qu’il adore par-dessus tout, c’est le soleil, « SON » soleil qu’il brode sur plusieurs tapisseries, qu’il réalise sur plusieurs mosaïques comme pour y ajouter un supplément de lumière et d’âme. Jacques parlait, respirait, mangeait, rêvait, tapisserie !
Il connaissait le trajet de chacune d’elles dans les galeries, les musées, les centres culturels. Il disait avoir fait plus de trois cents tapisseries, j’en recense deux cent cinquante. Il est vrai que certaines ont été détruites ou se sont perdues dans les méandres de certaines administrations.

Jacques Trovic, Le Cheval de Troie

Jacques Trovic, Le Cheval de Troie

Jacques a dix-neuf ans lorsqu’il réalise cette tapisserie. C’est sa troisième création. À l’époque, encore inconnu, sauf localement, il a peu de moyens. La laine, le fil à coudre, les boutons, le tissu coûtent cher. Il brode donc avec ce qu’il trouve sur le marché, avec ce que son ami Mokhtar, marchand de laine, lui donne ou ce que les voisins lui apportent parfois. N’ayant d’autre choix, il réalise le « Cheval de Troie » en tissu rose. Quel désarroi ! Un jeune homme de dix-neuf ans peut-il employer cette couleur en 1967 ? La tapisserie terminée, déçu, il ne la montre pas et la cache dans une armoire, dans le grenier. C’est en 2014, quarante-sept ans plus tard, alors que l’on met un peu d’ordre dans sa maison que je découvre cette merveille. Il faudra du temps pour convaincre Jacques de la montrer.

Maurice Brunswick

Maurice Brunswick

(Roubaix, France, 1960)

J’ai la chance de connaître Maurice depuis plus de quarante ans. Livreur de pain dans sa jeunesse, il n’avait aucun intérêt pour le dessin, en revanche il aimait ses clients et passait de nombreuses heures chez eux. Pour leur rendre hommage, il a dessiné leurs maisons pendant des décennies. En 2019, il change radicalement de sujet ! Très croyant, il dessine des saintes, des saints, des prêtres, la crucifixion du Christ.
Observateur, il emploie la loupe pour percevoir et dessiner le moindre détail, la moindre ride ou le moindre éclat de l’oeil des oeuvres dont il s’inspire ou qu’il crée. Il travaille le plus souvent le pastel gras, qu’il taille régulièrement pour être le plus précis possible. Serein, il inonde l’atelier de sa bienveillance.

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Julien Tama

Julien Tama

(Hornu, 1947)

Je connais très peu Julien, je ne l’ai rencontré qu’une fois pour faire une interview. C’était très impressionnant car entre deux phrases, il pouvait se passer un grand moment de silence. Silence intense où toutes ses émotions pouvaient passer, malheureusement très peu radiophonique. Julien ne veut pas peindre comme un bourgeois, il ne veut pas du chevalet ni de la toile sur châssis. Il travaille sur de la toile de jute qu’il chine ici ou là. La structure de la toile est grossière, il est difficile d’y étendre la peinture car le pinceau ne glisse pas, le poil souffre et s’arrache. Ses oeuvres oscillent entre les images décoratives et les images où les démons, le feu et l’eau détruisent tout, suivant des prédictions qu’il ressent intensément.

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Jean-Marie Heyligen

Jean-Marie Heyligen

(Ath, Belgique, 1961)

Audacieux, Jean-Marie ne connaît pas la théorie des couleurs, la perspective aérienne ou linéaire, qu’importe, l’important pour lui n’est pas de faire beau ni de faire oeuvre, l’important est de témoigner son émotion. Artiste complet, il travaille avec talent le pastel, la peinture à l’huile, la peinture acrylique, la gravure. Il n’a pas besoin de cours, d’apprentissage technique. Tout se plie à sa volonté. Il en est de même pour la sculpture qu’il aborde comme un jeu. Jean-Marie choisit avec soin la qualité du bois qu’il va travailler ainsi que sa forme qu’il respecte généralement. Au fil de ses envies, de ses découvertes, il donne une deuxième vie aux objets qu’il récolte… tout est utile, tout est signifiant.

Dominique Bottemanne

Dominique Bottemanne

(Soignies, Belgique, 1961)

Sportif, amoureux de son corps, Dominique ne pensait pas dessiner ou sculpter un jour. Il ne rêvait pas de création, mais plutôt de podiums sportifs. Il a fallu l’inviter, susciter son intérêt pour qu’il entre dans l’atelier. Les mots étant trop complexes pour Dominique, le vocabulaire lui manque. Il s’aperçoit qu’il peut exprimer par le dessin, la peinture, la sculpture, la linogravure, toutes les émotions qu’il ressent. Il désire tout montrer, tout dessiner : son lieu de vie, les légumes, les voitures, les animaux, la beauté des femmes… Tout devient possible.

Pascal Masquelière

Pascal Masquelière

(Watermael-Boitsfort, Belgique, 1959)

Grand, élancé, élégant, un peu dégingandé lorsqu’il marche, Pascal semble ailleurs, comme s’il n’était pas tout à fait avec nous, vivant une existence parallèle. Depuis quarante ans, il consacre beaucoup de temps à la création, là aussi, il semble être spectateur de son oeuvre, comme si une autre personne prenait le pinceau ou la gouge. Graveur, peintre, sculpteur, il travaille, essentiellement, la représentation de l’humain. Pascal est très respectueux des bois, des troncs qu’il trouve dans la nature, il ne change pas leurs formes. La gouge n’incise pas le bois, elle le caresse. L’ensemble dégage une infinie tendresse.

Nils Dieu

Nils Dieu

(Uccle, Belgique, 1959)

Le dessin est sa nourriture, le quotidien son témoignage. Nils utilise des matériaux simples achetés à bas prix dans les grands magasins ainsi que des matériaux improbables tels que le brou de noix et le mercurochrome. Il dessine avec une grande maîtrise l’être humain au bord de l’abîme ou dans la cuisine dégustant une tasse de café. Tous les jours, sur sa petite table de camping, il se met à « l’ouvrage », les dessins s’accumulent sans que sa soif de témoignage ne semble assouvie.

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Abel

Abel

(Haine-Saint-Paul, Belgique, 1958)

Petit, pétillant, malicieux, Abel a choisi ce prénom qui n’est pas le sien pour être le premier sur les affiches, invitations ou livres artistiques. Il travaille beaucoup sur la thématique de la croix, pas la croix comme symbole chrétien, mais plutôt comme terrain de jeu où tous les possibles
sont permis. Figurines en plastique, outils ménagers ou de jardinage, jouets dépareillés, briques de la marque « Duplo ou Lego »… dénichés dans la rue, sur les marchés, chez des amis, retrouvent une seconde vie dans ses assemblages. Les éléments s’accumulent dans sa maison car il faut du temps pour leur redonner vie et qu’ils puissent cohabiter avec force. Il faut les transformer un peu, les couper, les frotter, les poncer, les repeindre. C’est un travail de précision, ciselé, qui n’accepte pas la facilité !

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Christelle Hawkaluk

Christelle Hawkaluk

(Campagne-Les-Hesdin, France, 1975 - Tournai, Belgique, 2011)

Jeune femme opulente, souriante, au regard brillant, Christelle était amoureuse de la vie, amoureuse de l’amour. Elle aimait aimer ! Elle commence souvent sa composition en dessinant une colombe tenant dans son bec une enveloppe constellée de petits coeurs. Missive amoureuse ! L’oiseau vole dans un paysage fourni. L’architecture, souvent présente, situe géographiquement la scène. Son sujet principal est la femme, belle, amoureuse, reine, maternelle. Christelle nous dévoile un monde complexe, où la féminité prend toute la place et laisse l’homme en arrière-plan, tout petit, caché. Rêve de petite fille, rêve de femme, la mariée est somptueuse. Christelle est allée à l’essentiel et
nous a offert - car il s’agit bien de cela - avec beaucoup de simplicité, tous les fantasmes qui l’habitaient. Elle n’a jamais réalisé ses rêves…
comment peut-on imaginer mourir à trente-cinq ans ?

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André Delvigne

André Delvigne

(Bujumbura, Burundi, 1957)

Qu’est-ce qu’une oeuvre ? Selon André, « Le bureau du Boss » n’est pas une oeuvre, c’est « SA VIE », matérialisée par une accumulation d’objets qui symbolisent les moments importants de son existence. Cette « non-oeuvre » va bien au-delà d’une simple accumulation, elle envoûte ! Chaque espace regorge d’émotions. Notre équilibre psychique se perd dans les méandres de cette création unique et universelle.
Chaque vie est passionnante, joyeuse ou douloureuse. Dans cet espace de mémoire, André en témoigne avec beaucoup d’humanité. « Le bureau du Boss », titre qui fait référence au père, ne se terminera qu’avec le décès d’André car selon sa volonté ses cendres y seront déposées.

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Michel Beauthier

Michel Beauthier

(Nivelles, Belgique, 1964)

Intrépide, Michel était capable de tout lorsqu’il avait besoin d’un outil, d’un matériau pour réaliser ses dessins ou sculptures. Monter sur un toit, prendre l’autoroute à contresens, tout lui était possible I.l travaille debout, dans l’urgence, il réalise ses dessins, ses collages extrêmement rapidement. Le pastel court sur la feuille, le tracé est sûr sans retour possible. Il découpe dans les magazines, des personnages, des maisons, des publicités qu’il colle ici et là sur son dessin, apparemment sans réflexion préalable. Il ne s’intéresse pas du tout à la pérennité de son travail ni à sa conservation. Souvent la colle qu’il emploie est incompatible avec le pastel et tout se décolle régulièrement.

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Patrick Fourmeau

Patrick Fourmeau

(Mouscron, Belgique, 1961 - Hornu, Belgique, 2020)

Patrick est une personne que je connais peu, je ne sais pas si la sculpture était importante pour lui ou simplement une occupation. La majorité des sculptures que j’ai vues sont des visages réalisés très naturellement. Il respecte la forme de la planche de bois qu’il creuse pour signifier les yeux et la bouche. Généralement, il recouvre l’ensemble de son travail d’une couleur bleue ou verte.

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Jean-Luc Godz

Jean-Luc Godz

(Valenciennes, France, 1971)

Il y a bien longtemps que Jean-Luc ne vient plus à l’atelier. Grand amateur de cinéma, il représente sans documents pour l’aider, les affiches de cinéma, les acteurs qu’il aime, indifféremment aux crayons de couleur ou aux pastels. Il a véritablement un regard photographique, une perception aigüe de la composition. Malheureusement, il a voulu mettre un terme à sa création sans regard pour le devenir de son oeuvre.
Nous sommes heureux aujourd’hui de présenter quelques-uns de ses dessins.

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Martha Grünenwaldt

Martha Grünenwaldt

(Hamme-Mille, Belgique, 1910 - Mouscron, Belgique, 2008)

Régulièrement, après une journée passée à dessiner dans la salle à manger de la petite maison familiale, Martha monte dans sa chambre, pour continuer son dessin. Alors que les enfants jouent au football dans la prairie en face de chez eux, elle ouvre la fenêtre de sa chambre et leur lance ses dessins. Martha reprend le dessin par hasard, au soir de sa vie, simplement pour accompagner, encourager ses petits-enfants
à dessiner. À l’époque, il n’était pas encore question de création, toutefois ce loisir se transforme, petit à petit en nécessité. Peu importe les supports et les matériaux. Elle peint souvent au verso des affiches électorales de sa fille Josine engagée politiquement ou au dos des catalogues de papiers peints.

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En parallèle de l'exposition

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Infos pratiques

  • LE COLYSÉE avenue du Colysée, berges de la Deûle - 03 20 006 006 - culture@ville-lambersart.fr
     
  • Entrée libre 

    Mercredi au samedi 13h > 18h
    Dimanche 13h > 18h

 

  • Métro Bois Blancs / ligne 2
    Stations V'Lille Bois Blancs, Marx Dormoy, Hippodrome